Une Loco nommé Brando

Pur produit de l’Actor’s studio, Brando y entre en 1947 et se lie immédiatement d’amitié avec Kazan. Le jeu outré de Brando fait sensation. Sa beauté – animale aussi. «Un tramway nommé Désir» puis «Sur les quais» d’Elia Kazan contribuent à lancer Brando dans l’univers Hollywoodien de manière quelque peu révolutionnaire. Le jeune premier, ce n’est pas vraiment ça! On joue plutôt sur l’image virile, voire animale du personnage, sur la sensualité à la limite du scandaleux pour une époque très puritaine. Cela dit, le public ne s’y trompe pas et, en 1954, Brando reçoit un Oscar pour «Sur les quais». Et puis il prend ses distances vis-à-vis d’Hollywood et cultive le scandale avec un plaisir certain. Il joue aussi de moins en moins et choisit les grosses machines à cachet fabuleux comme «Apocalypse now» et «Le parrain». Sa période européenne est marquée par «Le dernier tango à Paris». Dans le même temps, il exige des sommes énormes pour des apparitions fugitives, et roule des mécaniques tout en dépensant dessommes faramineuses à la défense des derniers Indiens…Et puis il se retiré sur son île avec ses femmes et ses enfants, prend des kilos et disparaît quelque peu de la scène. C’est vrai qu’il est mort le Brando de «Sur les quais», de «L’équipée sauvage» et d’ «Un tramway nommé Désir». Il est mort, mais ses personnages, eux, sont immortels. Pour le «Tramway», Kim Hunter ; Stella, la petite sœur et Marlon Brando ; Kowalsky avaient joué la pièce au théâtre. Un triomphe. Elle reçut la prix Plitzer. Vivien Leigh Blanche, imposée par les producteurs, avait également joué le rôle au théâtre. Mais à Londres et sous la direction de son mari Laurence Olivier. De «l’understatement british» à «l’overplaid» de l’Actor ‘s studio, c’était une drôle de pirouette que l’on demandait à celle qui incarnait la plus allumée d’ «Un tramway…».D’après Karzan, la pauvre Vivien ne cessait de citer son mari au début du tournage du film. C’est seulement à la troisième bobine qu’elle l’oublia un peu écoutant davantage les conseils d’Elia Kaza. Finalement, «Scarlett» obtint son deuxième Oscar pour ce film. Le premier, elle l’avait décroché en 1939 pour un autre fameux rôle de pimbêche du vieux Sud dans «Autant en emporte le vent». Reste que pour Kazan, sa travaille de casting est d’avoir fait appel à Brando. Aux dires de Kazan, Brando possédait la vulgarité, la cruauté et le sadisme en même temps qu’un magnétisme fou. Brando s’impose déjà comme la bête qui fascine midinettes et réalisateurs en mal de casting musclé, tendance sadomasoch ! Avec son regard de doux dingue un peu cheyenne qui vous violerait dans un sourire, de boxeur sans crainte du KO qu’il réserve à l’adversaire, avec sa démarche de félin, Brando sait que le public lui est acquis, que toutes les extravagances lui sont permises. Et aujourd’hui, malgré les rides et l’empâtement, il reste à la hauteur de son aura de brute qui fait fondre, il en en fait un peu trop ? Et alors ! Tout le monde en redemande, parce que quelque chose chez lui sonne la démesure naturelle, la sauvagerie. On ne sait même plus très bien si ce sont ces rôles qui ont fait Brando ou l’inverse. Il a forcément sa place dans les ambiances glauques et décadentes chères à Tenessee William l’auteur d’ «Un tramway…» Les murs suintants, les menaces perpétuelles d’orage et de déchirements, les cris de bête en rut ou les crises de folie furieuse, le vieux Sud de Tenessee peuplé d’êtres déséquilibrés, pris entre le puritanisme de leurs instincts. C’est la vie très vite, la vie trop vite pour ne pas qu’elle vous échappe. Avec «le tramway…» Kazan eut des problèmes avec la censure catholique parce qu’il montrait, notamment dans les crises entre Stanley et Stella, de façon trop bestiale, la dépendance sensuelle entre les deux personnages. Les cris et gémissements furent coupés au montage. Kazan n’était pas homme à se résigner : la peinture des passions charnelles sur fond d’antagonisme social, c’était son trip. Avec «A l’est d’Eden», «Baby doll» et «La fièvre dans le sang», il récidivera. Et la censure adaptant ses ciseaux à l’évolution des mœurs,par la boucler finira…C’est seulement après son deuxième psychanalyse que Kazan, ce fils d’émigré grec de Turquie, tête brûlée et buté, entamera une nouvelle arrière avec des œuvres autobiographiques comme «America-America» ou «L’arrangement» toutes deux tirées des romans de Kazan lui-même. C’est seulement avec la maturité qu’il osera aborder des thèmes plus personnels liés à ses origines culturelles. Entre temps, cet ancien militant du parti communiste se sera fait beaucoup d’ennemis. Brando lui-même lui en tint rigueur pendant le tournage du «Tramway». Victime de la chasse aux sorcières qui sévit à Hollywood en 1951, Kazan se met à dénoncer ses anciens copains et se montre soudain plus maccarthyste que McCarthy lui-même. «Un arrangement» comme un autre pour un homme, à l’image de ses héros, qui ne détestait pas se faire mal voire ! C’est sans doute pourquoi les brebis galeuses, les parias, les anges déchus de toutes les planètes ont été les personnages clés des premiers films de Kazan. Rien d’étonnant qu’il ait eu recours à James Dean ou Brando pour les incarner à l’écran. Rien d’étonnant non plus à ce que ses éléments féminins aient été d’une fragilité totale, de Natalie Wood à Vivien Leigh, des poussières d’étoile dans des bras d’acier. Kazan aura, en tous cas, eu le mérite de révéler de grands comédiens, lui qui se consacra la mise en scène le jour où un directeur de casting lui fit remarquer qu’il avait trop de poils sur la poitrine pour devenir une star de l’écran ! C’est ce qu’on appelle la naissance d’une vocation.

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